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  La palynologie par Angéline Laine
mis en ligne : 1er septembre 2006
Le mot palynologie a été introduit par Hyde et Williams en 1944. La palynologie, étymologiquement « étude de la poussière » (du grec « palunein ») est la science qui s’intéresse aux spores et aux grains de pollen. Son domaine de recherche est très vaste (biologie, géologie, botanique, etc.) ; toutefois nous présenterons cette science paléobotanique et son apport à une discipline : l’archéologie

Application de la palynologie à l’archéologie

La palynologie est une science importante au niveau de l’orientation actuelle de l’archéologie. Elle permet, en effet, de recueillir un certain nombre d’informations essentielles sur le milieu dans lequel évoluaient les hommes préhistoriques.

L’étude des spores et des grains de pollen fossilisés que recèlent les sédiments accumulés dans les tourbières et les lacs, permet de connaître l’environnement végétal passé. L’analyse pollinique des sédiments est un moyen efficace pour retracer l’histoire climato-floristique d’un milieu de manière diachronique. Cette discipline est fondamentale pour reconstituer les phases majeures d’évolution de la végétation (les chronozones) et du climat depuis le dernier maximum glaciaire, il y a environ 20 000 ans. En outre, elle fournit une gamme de renseignements inestimables en ce qui concerne les modifications imposées par l’homme sur le milieu.   

    Principes et méthodes       

    * Hypothèses et limites : la démarche pollenanalytique

L’analyse pollinique est fondée sur deux particularités bien connues de la membrane pollinique :

- sa spécificité morphologique qui fait que l’observation du pollen permet l’identification de la plante productrice ;

- sa grande résistance à la corrosion qui fait que les grains de pollen et les spores émis en grand nombre s’accumulent et se conservent très bien dans des sites d’ambiances humides (tourbières, lacs, paléo-chenaux, etc.) ou au contraire dans des milieux très secs, d’où ils peuvent être par la suite extraits.

La démarche du pollenanalyste est animée par la conviction que grâce aux pluies polliniques fossilisées, il est possible de reconstituer la composition du couvert végétal au moment où se sont déposés les sédiments.

    * Protocole palynologique : du terrain à l’interprétation

La première tâche de l’analyste est de prélever des échantillons à l’aide d’un carottier russe, soit manuellement, soit mécaniquement. Il s’ensuit une série de prélèvements réalisée généralement tous les 4 cm. Puis ces échantillons subissent un traitement chimique qui consiste en une succession d’attaques acido-basiques destinées à réduire au maximum la gangue minérale et organique non pollinique. Seule la sporopollénine (constituant très résistant de la paroi sporopollinique) résiste à cette intervention destructrice. Le but de cette manipulation est de séparer les spores et les grains de pollen du sédiment. Le résultat de chacune de ces préparations est alors monté sur lame. Le palynologue identifie et compte les grains de pollen et les spores présents sur chaque lame au moyen d’un microscope optique. L’identification du contenu sporo-pollinique s’effectue le plus souvent au niveau de la famille, suivant quatre critères morphologiques (forme, taille, aperture, structure et sculpture de la paroi). Afin que le résultat soit statistiquement significatif le pollenanalyste doit compter un minimum de 380 grains de pollen. Puis il établit le pourcentage relatif de chaque taxon en vue de construire le spectre pollinique caractéristique de chaque prélèvement. Ces spectres sont ensuite figurés par des lignes polliniques. La juxtaposition de ces lignes polliniques constitue un diagramme pollinique. « Le diagramme pollinique n’est enfin de compte qu’un langage codé. Le décoder est le véritable objet de l’analyse pollinique » (Maurice Reille, Leçon de palynologie, 1990). À cet instant précis, débute l’interprétation des comptages polliniques : elle sous-entend une maîtrise de la méthode pollenanalytique et une excellente connaissance des relations pluies polliniques-végétation actuelle.

    Les principaux résultats : chronozones et indices d’anthropisation

    * Les chronozones : reconstitution de la végétation depuis 15 000 ans

« L’analyse pollinique doit permettre, en tout premier lieu, de reconstituer la végétation passée. C’est elle qui sera l’un des moyens de comprendre l’environnement passé et l’évolution du climat » (Marie-José Gaillard, Étude palynologique de l’évolution tardi- et postglaciaire du Moyen-Pays Romand, 1984).

Les analyses palynologiques ont montré qu’à un cycle climatique correspond aussi un cycle de la végétation. Les spectres polliniques diffèrent en fonction du climat. Les périodes interglaciaires peuvent être définies comme des périodes durant lesquelles la végétation suit une succession logique : steppes froides, forêts boréales (pins, bouleaux, etc.), forêts tempérées (de type chênaie-mixte), forêts acides (sapins, épicéas, hêtres etc.), puis retour vers les forêts boréales et le stade steppique. Les périodes glaciaires, sont quant à elles, des périodes froides climatiquement instables, ne fournissant pas une image pollinique homogène avec parfois de brusques phases de réchauffement au sein de cette phase froide, appelées interstades, provoquant l’extension de certains taxons mésothermophiles à partir de refuges proches.

    * Exemple de l’évolution de la végétation sur le Massif jurassien depuis le Tardiglaciaire (cf. tableau)

Le Tardiglaciaire (subdivision de la dernière glaciation, postérieure au maximum glaciaire) se scinde en trois périodes : le Dryas ancien (15 000-12 700 BP), l’interstade Bølling-Allerød (12 700-11 000 BP) et le Dryas récent (11 000 BP). Le Dryas ancien est caractérisé par une végétation de type steppique, contrairement à l’interstade Bølling-Allerød marqué par la recolonisation forestière avec l’expansion du bouleau puis du pin, liée à un brusque réchauffement climatique. Suite à cette amélioration survient un brusque retour du froid, lors du Dryas récent, qui marque un renouveau des herbacées steppiques et un recul de la forêt.

 Aux alentours de 10 000 BP, commence l’Holocène, période interglaciaire, dans laquelle nous nous trouvons actuellement. Cet interstade se décompose en six phases ou chronozones (Préboréal, Boréal, Atlantique ancien, Atlantique récent, Subboréal et Subatlantique).

Le couvert végétal du Préboréal (10 000-9 000 BP), est marqué par le ré-chauffement climatique qui s’opère depuis le début de cette phase interglaciaire. La steppe disparaît face à la mise en place d’une forêt presque exclusivement dominée par le pin.

Au Boréal (9 000-8 000 BP), s’ensuit une longue détérioration climatique qui se caractérise par l’extension, sur une grande partie de l’Europe tempérée, du noisetier (Corylus).

Dès la fin du Boréal, les essences mésothermophiles (tels que le chêne (Quercus), l’orme (Ulmus), le tilleul (Tilia), l’érable (Acer) et le frêne (Fraxinus) accompagnés de nombreux arbustes) prennent le pas sur les formations arbustives à noisetiers pour devenir dominantes lors de l’Atlantique ancien (8 000-6 000 BP). Le noisetier ne disparaît pas totalement, mais voit son importance décroître face à une « chênaie-mixte » grandissante. Climatiquement, cette chronozone est marquée dans un premier temps par un optimum climatique, puis dans un second temps par une lente dégradation, marquée par le déclin de la « chênaie-mixte » au détriment du sapin (Abies) et du hêtre (Fagus), qui connaîtront un certain développement lors de l’Atlantique récent.

Durant l’Atlantique récent (6 000-4 700 BP), les chênaies-hêtraies se développent en plaine et sur les zones de plateaux, tandis qu’en altitude, apparaissent les toutes premières hêtraies-sapinières. D’un point de vue purement climatique, cette période se partage en trois parties : deux favorables encadrent une défavorable particulièrement importante.

Les hêtres encore largement associés aux chênes peuplent les plaines de basse altitude et les forêts de moyennes montagnes, lors du Subboréal (4 700-2 700 BP). L’altitude conditionne le développement du sapin et des premières pessières.

La dernière chronozone, le Subatlantique est de loin la plus difficile à appréhender, notamment en raison du développement toujours plus imposant de l’anthropisation au cours de ces quatre derniers millénaires. Le climat favorise le développement de forêts composées de hêtres, de sapins et d’épicéas ; le charme apparaît à la transition Subboréal-Subatlantique, vers 2 700 BP.

Cette brève présentation de l’évolution de la végétation sur le Massif jurassien depuis environs 15 000 ans est à nuancer en fonction du gradient altitudinal et latitudinal.

    * Les indices polliniques d’anthropisation (IPA)

Les interventions humaines sur le paysage ne sont plus à démontrer. Les indicateurs d’anthropisation reflètent la part et la nature des actions humaines sur l’environnement végétal. Les pratiques agro-pastorales (culture, élevage par exemple) entraînent un déséquilibre au sein des communautés végétales. Ces déséquilibres sont visibles dans le diagramme pollinique. Le premier indice évident est souvent la chute des taux de pollen arboréen (AP). L’ouverture du milieu forestier favorise alors l’apparition de nombreuses plantes héliophiles et pionnières. Jusqu’au Préboréal, l’influence de l’homme sur la végétation n’a jamais été démontré. En revanche, de rares études révèlent que le comportement pollinique du noisetier est parfois « curieux » dans le Boréal et le début de l’Atlantique. Les causes peuvent être multiples, soit d’origine naturelle, soit d’origine humaine. Dès la fin du Boréal, l’influence humaine sur le couvert végétal est attestée. C’est au cours des quatre derniers millénaires (lors du Subatlantique) que les actions de l’homme sur l’environnement se renforcent et s’intensifient.

Archeologia.be
L'Abécédaire de l'Archéologie
7 janvier 2005