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  Archéologie et chaîne opératoire
Le terme de chaîne opératoire archéologique peut se définir comme le cheminement suivi à partir du supposé archéologique jusqu’à l’exploitation et la diffusion des données archéologiques recueillies. Il prend en considération l’ensemble des méthodes suivies et s’applique à tous les intervenants liés à l’archéologie. Chaque chaîne peut se décomposer en un certain nombre de mailles, de séquences. Pour ce faire, les moyens imprégnant chacune de ces étapes sont décrits ; qu’ils s’agissent de considérations liées aux objets, aux personnes, aux institutions, aménageurs publiques ou privés. Le concept de chaîne opératoire constitue un outil de réflexion sur les méthodes suivies dans la pratique actuelle de l’archéologie.

Le concept de chaîne opératoire tel que définit par André Leroi-Gourhan peut être  assimilé à une démarche permettant de mettre en évidence les différentes "séquences de fabrication de l’objet archéologique" en distinguant sa place des contingences liées à un système (scientifiques, juridiques, économiques, sociales, etc.) incluant en cela une réflexion sur l’archéologue et les intervenants, personnes privées ou publiques, dans chacune des ses étapes. Il s’agit de mettre en avant l’objet archéologique (‘l’outil’) comme critère déterminant de notre chaîne opératoire. Nous pourrions parler à son égard ‘d’une reproductibilité du geste accompli’, à la fois objet de recherche, objet d’étude et objet d’exploitation (dans le cadre de n’importe quelle fouille entreprise).

L’objet, entité discriminable perçue par les sens, n’est vraiment jamais objet en soi. Il est l’expression de la perception du sujet lui-même. Mais il n’est pas non plus uniquement perception. Il est aussi fonction. Cette fonction se caractérise de différentes manières.

Par une fonction d’utilité : il revient à l’objet de satisfaire à un besoin (lié à l’économie d’un système). Par une fonction sociale : dans ce cas, il devient attribut d’un rôle et cette fonction est liée aux contingences d’une époque et d’une société donnée.

Par une fonction de signifiant : il pointe alors vers autre chose que vers lui-même. Alors, l’objet est toujours un moyen.

La vie de l’objet est rythmée par une multitude de phases qui le font basculer entre ces différentes fonctions. Utilité, social et signifiant. Evolution de l’objet à travers le temps, pensons aux tombeaux de Phéniciens redécouverts par les Romains et la commercialisation qui s’en est suivie. L’objet archéologique à la propriété de réunir ces trois fonctions. Il a même la curieuse propriété de ne pas toujours convenir à la définition même de l’objet, car il peut, par exemple, n’être que supposé, n’étant donné au sens. La recherche archéologique en est révélatrice. L’archéologue qui entame une fouille est devant un objet supposé, probable qui possédait une utilité, un rôle, une signification qu’il n’a certes plus aujourd’hui.

Pourquoi dès lors le rechercher ? Il est recherché comme signifiant (reflet et creuset d’une société). Les signifiants que l’objet représentait à l’époque à laquelle il se rattache et au moment de sa renaissance par l’archéologue peuvent de ce point de vue être identiques. Pour illustrer cela au regard de notre archéologie, un vase antique, par exemple, pressentait une utilité pour les personnes qui en avait l’usage. Une vaisselle de luxe comme la sigillée, les céramiques communes, etc. Il est également l’expression d’un statut social : la richesse du propriétaire et cette richesse est perçue en tant que signifiant par la société de l’époque. Toutefois, après avoir rempli ces fonctions, il devient inexistant. Cassé, détruit, jeté, enterré, perdu. Un objet n’est plus objet car personne ne le perçoit.

Mais c’est à ce stade qu’intervient le chercheur : l’objet devient alors supposé. Dans le cadre de ses connaissances, de ses objectifs, l’archéologue part d’un postulat qu’une fouille archéologique n’est jamais vaine en soi et qu’elle est  révélatrice d’éléments du passé si tenus soient-ils. Si dans la cadre de son travail, l’objet est découvert, il subit une seconde production : le travail de recherche mis en œuvre pour l’exhumer, le reconstituer et l’interpréter. Il redevient signifiant.

Le paradoxe d’une telle réflexion est de se dire que si l’objet a joué pleinement son rôle de signifiant pour l’archéologue, il pourrait être abandonner sans autre forme de procès (corollaire d’une information exhaustive et complète). Or tel n’est pas le cas dans la réalité, et ce, pour deux raisons essentielles.

La première tient aux postulats sur lesquels reposent la recherche archéologique : leur champ d’investigation évolue dans le temps. Un exemple par la négative : aujourd’hui, les clous découverts lors de fouilles sont pour la plupart échantillonnés, mais rares sont ceux qui sont préservés car leur conservation suppose qu’une méthode de conservation (différents bains, l’électrolyse) soit mise en œuvre. Ils pourrissent purement et simplement dans les dépôts, si ce n’est dans les remblais mêmes où ils sont laissés. Or demain, si un archéologue met au point une méthode de chronologie liée à ces derniers, le regard portait sur eux sera totalement à l’opposé du regard porté à l’heure actuelle sur ce type de matériel. La seconde raison est qu'il appartiendra peut-être à l’Etat de le conserver, à un musée de l’exposer.

Les paradigmes reviennent : l’objet est utile car exposé, l’objet est social car il montre ce qui n’est plus. L’objet signifiant évolue.

Un glissement herméneutique se produit....

L'objet archéologique, mars 2005.
Archeologia.be
L'Abécédaire de l'Archéologie
7 janvier 2005