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Communiqué de presse
- Chercq
près de Tournai : un site monastique majeur
menacé de disparition –
Appel urgent au classement de l’abbaye
Saint-Nicolas-des-Prés ! (réseau
Archeologia.be/Communauté Historia, 12 février 2026)
Située à
Chercq, aux portes de Tournai, l’abbaye Saint-Nicolas-des-Prés —
également connue sous les noms de Saint-Médard ou Saint-Mard —
constitue l’un des sites monastiques scaldiens les mieux conservés sur
le plan archéologique. Fondée au XIIᵉ siècle, abandonnée par les moines
en 1661 et demeurée inoccupée depuis plus de trois siècles, elle a
ainsi pu préserver une stratigraphie archéologique d’une remarquable
intégrité et d’une grande valeur scientifique.
Cette
situation fait de l’abbaye Saint-Nicolas-des-Prés un témoin complet de
l’organisation monastique médiévale : l’église, le cloître, les
bâtiments communautaires, la ferme, le vivier et les espaces funéraires
y demeurent lisibles dans le paysage. La concordance entre les vestiges
archéologiques, la Carte archéologique et le plan-relief de Tournai
contemporaine de l’époque de Vauban atteste de la stabilité et de
l’intégrité d’un ensemble demeuré figé dans le temps.
Pierre-Emmanuel Lenfant
Auteur du résesau Archeologia.be
Vice-président de l'ASBL Communauté Historia
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Un patrimoine scientifique et historique à sauvegarder
Les fouilles conduites entre 1989 et 1996 par François Baptiste,
puis celles poursuivies par le Service public de Wallonie (Agence
wallonne du Patrimoine - AWAP), ont révélé une
occupation interrompue depuis sa construction jusqu’à
l’époque moderne avec des niveaux archéologiques
atteignant localement près de deux mètres
d’épaisseur. Une telle conservation est plus que
remarquable pour ne pas dire exceptionnelle pour un ensemble monastique.
Les interventions récemment menées par l’Awap
s’inscrivent dans la continuité des recherches
antérieures (Rieu de Barge, 2018, sur le cloître et les
locaux annexes ; 2023, sur la partie agricole du site). Ces fouilles de
sauvetage ont permis de préciser le plan général
du complexe abbatial, d’évaluer l’état de
conservation des vestiges et de documenter l’évolution
architecturale et fonctionnelle du monastère sur la longue
durée. Parmi les découvertes notables figure le vivier
monastique, dont la localisation correspond exactement à celle
figurant sur les plans anciens. Ce type d’aménagement
hydraulique, à la fois technique et utilitaire, témoigne
de la maîtrise de l’environnement naturel par la
communauté monastique et illustre le caractère autarcique
de son économie.
Propriété de l’intercommunale IDETA,
d’après nos informations, le site de l’abbaye
Saint-Nicolas-des-Prés fait aujourd’hui face à
plusieurs projets résidentiels et économiques
susceptibles d’entraîner - en l’absence de mesures de
protection - la destruction rapide et irréversible d’une
partie significative de ses vestiges. Or, ce degré remarquable
d’intégrité patrimoniale correspond pleinement
à la notion de réserve archéologique, telle que
définie par la Convention européenne de La Valette
(1992). Celle-ci engage les États signataires – et en
l’occurrence la Wallonie – à assurer la conservation
in situ des sites de haute valeur scientifique, notamment par la
création de zones protégées lorsque le patrimoine
archéologique est menacé.
Un choix politique concernant son avenir : préserver ou détruire ?
Sans classement, les projets d’urbanisation entraîneront la
destruction d’une part importante des vestiges, dans un contexte
politique où l’archéologie souffre d’un
manque chronique de soutien et de moyens financiers. Une fouille
réalisée avec les ressources actuellement disponibles ne
saurait en aucun cas compenser la perte scientifique
qu’impliquerait la disparition de ce site.
En effet, la mise en œuvre d’une fouille de cette ampleur
— conforme aux standards internationaux, couvrant plusieurs
hectares et intégrant une approche pluridisciplinaire
(archéoanthropologie funéraire, archéozoologie,
carpologie, paléoenvironnement, etc.) — exigerait des
moyens comparables à ceux mobilisés pour les grands
chantiers patrimoniaux européens, soit un investissement au
minimum de plusieurs centaines de milliers d’euros.
Dès lors, une question essentielle se pose : faut-il assumer le
coût considérable d’une destruction
programmée ou, au contraire, privilégier la voie la plus
responsable sur les plans patrimonial, scientifique et
économique ?
Dans cette perspective, le classement et la mise en réserve
archéologique de tout ou partie du site s’imposent comme
la solution la plus cohérente, la plus durable et la plus
pertinente au regard de l’ensemble des enjeux ici décrits.
Contrairement à ce que certains avancent, les fouilles
menées jusqu’à présent sous
l’égide du Service public de Wallonie (SPW) ne sauraient
être considérées comme suffisantes au regard de
l’importance du site : l’hypothèque
archéologique demeure, à ce jour, pleinement
d’actualité.
Un enjeu transfrontalier et culturel de première importance
D’un point de vue historique, l’abbaye
Saint-Nicolas-des-Prés s’inscrit au cœur d’un
réseau monastique prestigieux de la vallée de
l’Escaut, aux côtés de Tournai, Antoing, Anchin,
Condé, Valenciennes ou encore Gand. Ce maillage
d’établissements illustre la densité spirituelle,
économique et culturelle d’un territoire longtemps
façonné par la présence des ordres religieux. Des
présomptions archéologiques suggèrent par ailleurs
des occupations plus anciennes — romaines, mérovingiennes
ou carolingiennes — conférant au site une profondeur
historique d’une autre dimension.
Son étude recèle un potentiel scientifique et culturel de
tout premier ordre. Elle pourrait donner lieu à des publications
de référence, nourrir des programmes de recherche
pluridisciplinaires associant universités et institutions
patrimoniales et inspirer des projets de médiation à
destination du grand public. Par son état de conservation et sa
valeur représentative, le site offre enfin une
opportunité rare : celle de développer, à terme,
un véritable pôle d’excellence en archéologie
monastique à l’échelle transfrontalière
voire européenne. Saint-Nicolas-des-Prés pourrait alors
se présenter comme un observatoire des interactions entre les
communautés religieuses, les milieux fluviaux et les dynamiques
économiques régionales le long de l’Escaut.
Un appel à la responsabilité collective
Portée par l’ASBL Communauté Historia et le
réseau Archeologia.be, la demande de classement
bénéficie du soutien d’un large ensemble
d’universitaires, d’archéologues et
d’associations locales engagés dans la sauvegarde du
patrimoine tournaisien.
Elle s’appuie déjà sur des appuis scientifiques de
premier plan : Laurent Verslype, professeur à l’UCLouvain
et directeur du Centre de Recherches en Archéologie Nationale
(CRAN), dont l’expertise confère à la
démarche une assise académique solide ; Olivier Mortier,
archéologue responsable des investigations récentes
menées sur le site même de l’abbaye ; Nicolas
Baptiste, docteur en histoire médiévale à
l’Université de Savoie Mont-Blanc, conservateur du
château de Montfleury, auteur spécialisé et
commissaire d’expositions ; et surtout François Baptiste,
pionnier des premières investigations sur le site et dont les
travaux font aujourd’hui référence.
Parallèlement, une attention particulière a
été accordée à l’ancrage territorial
de cette initiative. Plusieurs associations locales ont
été invitées à s’associer à la
procédure de classement. Parmi elles, Les Amis de la Citadelle
de Tournai ont d’ores et déjà exprimé leur
soutien officiel à la démarche. D’autres acteurs du
patrimoine local ont également été
sollicités et des retours positifs sont attendus dans les
prochaines semaines. L’adhésion conjointe de
spécialistes reconnus et l’implication croissante du tissu
associatif témoignent de l’importance scientifique,
patrimoniale et sociétale du site. Elles renforcent la
légitimité de la demande de classement et traduisent une
volonté commune : instaurer une gestion concertée,
raisonnée et durable de ce patrimoine archéologique, au
service de la recherche, de la transmission culturelle et du bien
collectif.
Classer l’abbaye Saint-Nicolas-des-Prés, c’est
préserver un ensemble monastique au potentiel
archéologique avéré, offrir un cadre
d’étude de référence pour la recherche
scientifique et transmettre aux générations futures un
chapitre essentiel de l’histoire du Tournaisis et de la
vallée de l’Escaut.
A noter que l’auteur principal du présent document a
découvert l’archéologie, alors qu’il
était adolescent, sur le site de l’abbaye
Saint-Nicolas-des-Prés. C’est précisément
là que s’est éveillée une vocation
qu’il a poursuivie jusqu’à l’obtention de ses
diplômes universitaires, notamment celui
d’archéologue délivré par
l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne.
Et si le classement n’était pas reconnu…
… nous poserons alors des balises claires, des lignes rouges
infranchissables. Si les autorités venaient à renoncer au
classement total ou partiel du site, la qualité scientifique des
fouilles devrait constituer un contrepoids absolument légitime
et indispensable à cette décision, imposant un cahier des
charges rigoureux garantissant des standards d’excellence
incontestables avec :
- Des moyens humains et techniques
proportionnés aux enjeux, notamment via un chantier public
encadré par des archéologues et spécialistes
expérimentés (y compris des archéoanthropologues)
dans une approche pleinement pluridisciplinaire ;
- Des délais suffisants pour
mener une fouille approfondie, analytique et respectueuse de la
complexité stratigraphique du site ;
- Un calendrier précis de
valorisation scientifique et publique, intégrant publications,
communications académiques et dispositifs de médiation
(expositions, conférences, supports numériques) afin
d’assurer une diffusion large des résultats auprès
de la communauté scientifique et du grand public.
Une telle démarche garantirait que,
même en cas de disparition physique du site,
l’archéologie remplisse pleinement sa mission essentielle
: nourrir la mémoire collective par la transmission des
connaissances exhumées du sol et, à travers les vestiges
de l’abbaye, offrir les clés de compréhension de
pages emblématiques de ce fragment de notre histoire commune.
Néanmoins…
… l’objectif du présent communiqué demeure,
en premier lieu, le classement total ou partiel du site de
l’abbaye Saint‑Nicolas‑des‑Prés.
En préservant ce lieu d’exception, la Région
wallonne investirait non seulement dans la transmission d’un
héritage commun, mais également dans une dynamique de
valorisation culturelle, touristique et scientifique porteuse de
retombées concrètes : diversification de l’offre
patrimoniale et muséale, attractivité renforcée du
territoire, nouveaux partenariats universitaires et institutionnels,
ainsi que création d’emplois qualifiés liés
à la recherche, à la médiation et à la
conservation.
En l’occurrence, la sauvegarde d’un tel site ne
constituerait pas un frein au développement économique ;
elle en deviendrait, au contraire, une composante intelligente,
fondée sur la connaissance, la durabilité et
l’identité territoriale. L’abbaye
Saint‑Nicolas‑des‑Prés pourrait ainsi devenir un
véritable laboratoire vivant du dialogue entre patrimoine,
innovation et aménagement du territoire, au
bénéfice de l’ensemble de la communauté
régionale.
Nous formulons dès lors le vœu que les pouvoirs publics
concernés — au premier rang desquels la Région
wallonne, la Ville de Tournai et IDETA — se montrent sensibles
à ces revendications légitimes, afin
qu’émerge rapidement un compromis équitable et
durable, réconciliant les impératifs économiques
avec la préservation d’un patrimoine
d’intérêt exceptionnel.
Annexes
Photo inédite
La double entrée avec d’un
côté l’accès à l’enclos abbatial
et de l’autre le chemin menant à la partie agricole du site
Vue depuis l’Escaut
Photos de l’auteur – Mai 2019
Photo du plan-relief de la Ville de Tournai présentant en avant-plan l’abbaye
* * *
Parmi les sources à éventuellement consulter, citons
l’article paru au numéro 27 (2019) de la revue «
Chronique de l’archéologie wallonne »
intitulé « Tournai/Chercq : fouilles de l'abbaye
Saint-Nicolas-des-Prés » et coécrit par Olivier
Mortier, Marisa Pirson et Corentin Massart (pages 131 et suivantes).
#Tournai #Classement #abbayesaintnicolasdespres
#Patrimoineexceptionnel #Archéologie
Lire aussi : Communication
- Vers le classement de l’Abbaye Saint-Nicolas-des-Prés
à Tournai (Chercq) - Initiative portée par le
réseau Archeologia.be et l'association Communauté
Historia (7 février 2026)
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