Classé
depuis 1936, le Mont-de-Piété est indissociable
de l’histoire de Tournai et de celle de son musée
d’Archéologie. Réfléchir
à
son avenir ne peut donc se résumer à une question
immobilière ou budgétaire.
C’est aussi décider de la place que Tournai
souhaite accorder à son patrimoine,
à ses collections, à la recherche, à
la transmission et à l’accès du public
à
la culture. Pour nous, l’enjeu n’est dès
lors pas simplement de savoir s’il
faut vendre ou non, mais de déterminer quel projet
patrimonial et muséal
Tournai veut porter pour les trente prochaines années.
Nous
ne méconnaissons ni les difficultés
financières
de la Ville et du CPAS, ni la nécessité de
prendre des initiatives. Nous ne
sommes pas opposés par principe à une vente ou
à une réaffectation du
Mont-de-Piété. Mais une telle décision
ne peut être envisagée indépendamment
de
l’avenir du bâtiment, des collections
qu’il abrite et, plus largement, de la
politique muséale et patrimoniale de Tournai.
Le
problème est donc d’abord celui de la
méthode.
Alors que la vente apparaît désormais comme une
perspective concrète, il faut
encore déterminer ce que la Ville veut construire pour le
patrimoine
tournaisien. Depuis plusieurs années, nous
défendons l’idée de nouveaux usages
et de partenariats permettant de restaurer, valoriser et faire vivre le
Mont-de-Piété. Nous aurions attendu de la
majorité communale qu’elle commence
par définir ses objectifs, examine les différents
scénarios et détermine les
fonctions qui doivent impérativement rester sous
maîtrise publique.
Cette
réflexion doit s’inscrire dans une
véritable
stratégie muséale. Sous la
responsabilité de l’échevine en charge
des Musées,
Coralie Ladavid, les décisions concernant les
bâtiments, les collections et les
équipements doivent être pensées de
manière cohérente. Moderniser une politique
muséale ne peut se réduire à rendre le
patrimoine plus visible ou plus "instagrammable".
Une photo ou un clip de
trente secondes
ne remplacent ni la conservation, ni la recherche, ni la
médiation, ni la
transmission. Le carré Janson illustre
déjà les questions que pose cette
évolution des usages et des priorités.
Selon
nous, la Ville doit répondre à trois questions
essentielles : quelle place veut-elle donner aux collections, aux
réserves et à
la médiation ? Quelle complémentarité
veut-elle construire entre les différents
musées et lieux de mémoire ? Et quelles fonctions
doit-elle impérativement
préserver dans le giron public ? Le
Mont-de-Piété pourrait
précisément être le
point de départ de cette réflexion.
Plutôt que de considérer ce bâtiment
uniquement comme un actif immobilier, Tournai devrait en faire un
levier pour
repenser sa politique patrimoniale et muséale.
La
vente semblant désormais inéluctable, des marges
de
manœuvre subsistent néanmoins quant à
la manière dont ce patrimoine pourra être
restauré, valorisé et continuer à
servir l’intérêt collectif. Plusieurs
scénarios devraient encore être
étudiés : réaffectation partielle,
création de
nouveaux espaces culturels, ateliers ou résidences
d’artistes, logements
étudiants ou privés, ou encore partenariats avec
des acteurs publics et privés.
Un montage associant acteurs publics et privés pourrait
notamment être envisagé.
Nous demandons que toutes ces options soient examinées de
manière transparente
et que la Ville, en lien avec les services régionaux
compétents, lance un appel
à projets afin d’identifier les solutions les plus
ambitieuses et les plus
viables. La rentabilité peut constituer un
élément d’appréciation, mais
elle ne
peut être le seul critère : les projets devront
également répondre à des
objectifs patrimoniaux clairement définis et
préserver l’intérêt collectif.
Nous
ne demandons pas pour autant à la Ville de
conserver le Mont-de-Piété dans son
intégralité, à tout prix et quelles
que
soient les circonstances. Nous estimons en revanche qu’une
partie au moins de
cet ensemble emblématique devrait pouvoir demeurer dans le
giron communal, afin
de préserver une capacité de maîtrise
publique sur son devenir et ses usages.
Cette
maîtrise publique ne doit toutefois pas être
confondue avec la seule question de la propriété.
Ce qui importe est également
de garantir, dans la durée, la vocation publique et
culturelle des espaces
concernés. Si tout ou partie du
Mont-de-Piété devait être
cédé à des
investisseurs privés, la Ville devrait donc veiller
à préserver une garantie
juridique d’usage public et culturel durable sur une partie
du site. Le
classement protège la valeur patrimoniale du
bâtiment, mais ne suffit pas à
garantir sa vocation publique. Celle-ci doit être
explicitement préservée dans
le montage juridique et, le cas échéant, dans les
conditions de la cession.
Dans
ce dossier, nous attendions par ailleurs davantage
d’ambition, d’implication et de volonté
politique de la part de l’échevin en
charge du Patrimoine, Benjamin Brotcorne. Lorsqu’un
édifice aussi emblématique
est concerné, son rôle ne peut se limiter
à accompagner une décision
administrative. Il doit porter une vision, défendre les
intérêts patrimoniaux
de la collectivité et veiller à ce que toutes les
solutions soient réellement
examinées.
La
majorité actuelle hérite certes d’une
situation
patrimoniale difficile, fruit de plusieurs années de
décisions trop souvent
ponctuelles et insuffisamment inscrites dans une stratégie
d’ensemble. Mais cet
héritage ne peut être une excuse. Il doit au
contraire être l’occasion de
changer de méthode et de rompre avec une gestion
patrimoniale qui a trop
souvent montré ses limites.
Opposer
patrimoine et finances publiques serait une
erreur de perspective. Un patrimoine entretenu, accessible et vivant
contribue
aussi à l’attractivité de Tournai,
à la fréquentation du centre-ville, au
tourisme et à l’activité
économique. L’enjeu n’est donc pas de
choisir entre
culture et finances : il est de construire un projet patrimonial viable
qui
serve durablement la collectivité. Nous demandons surtout
à la Ville de
répondre à trois questions simples : pourquoi
vend-elle, que veut-elle
construire et qu’entend-elle préserver ?
C’est à partir de ces réponses que
doivent être déterminées les conditions
de la vente, les usages futurs du site
et la place du Mont-de-Piété dans la politique
muséale de Tournai.
Car
vendre un bâtiment n’est pas vendre une politique
muséale. Mais vendre un bâtiment sans avoir
défini les conséquences de cette
décision sur les collections, les musées et les
usages publics, c’est prendre
le risque de laisser une opération immobilière
déterminer, de fait, la
politique culturelle de la Ville. Le
Mont-de-Piété ne doit pas devenir le
symbole d’une politique patrimoniale menée au coup
par coup. Il peut au
contraire être l’occasion de poser les bases
d’une nouvelle ambition
patrimoniale et muséale pour Tournai.

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