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Cette rubrique vous propose une série de communiqués de presse (CNRS, INRAP,...) ainsi que des articles et entretiens exclusifs.

Via notre Page Facebook, nous vous proposons également de suivre au quotidien l'actualité de l'archéologie et du patrimoine culturel.

Si vous souhaitez publier un communiqué de presse sur Archeologia.be, vous pouvez adresser ce dernier à: arkeologia@yahoo.fr


Consulter aussi nos archives : L'actualité de la recherche en 2012






Sébastien Perrot-Minnot, "Mort et renaissance du Petit Paris des Antilles" (Archeologia.be, 22 mai 2013)

Sébastien Perrot-Minnot est Docteur en archéologie de l’Université de Paris 1 (Panthéon-Sorbonne), Chercheur associé l’EA 929, AIHP – GEODE (Archéologie Industrielle, Histoire, Patrimoine - Géographie, Développement, Environnement de la Caraïbe), Université des Antilles et de la Guyane

Peu de catastrophes naturelles ont autant marqué les esprits. Le 8 mai 1902, vers 8 heures du matin, une éruption de la Montagne Pelée détruisit la ville de Saint-Pierre, au nord de l’île de la Martinique.

Avant le désastre, pendant des semaines, des phénomènes préoccupants, mais mal compris à l’époque, s’étaient succédé : des séismes, des détonations, des pluies de cendres, des lahars (coulées de boue et d’eau bouillante) et un raz-de-marée, entre autres. La population locale et les autorités s’imaginaient que la Montagne Pelée allait finalement cracher des torrents de lave, qui auraient épargné Saint-Pierre, grâce au relief. Mais au lieu de la lave attendue, le volcan libéra une gigantesque nuée ardente. Cette avalanche de cendres, de blocs et de gaz, d’une température comprise entre 200 et 450 °C, se précipita vers la ville à une vitesse estimée à quelque 180 km / h. Elle fut précédée par une puissante onde de choc, suivie d’un vent de retour. La ville fut soufflée puis incendiée, et une vingtaine de bateaux au mouillage dans sa baie sombrèrent. Plus de 28 000 personnes trouvèrent la mort dans ce cataclysme. Seuls survécurent, à Saint-Pierre, un prisonnier protégé par les épais murs de sa cellule (le fameux Cyparis), un cordonnier que s’était réfugié dans la cave de sa maison, et quelques marins (tous, grièvement brûlés). Il faut mentionner, également, le triste sort de milliers de personnes, qui abandonnèrent le nord de la Martinique pour s’établir, dans leur majorité, à Fort-de-France (Lire la suite de l'article)

Posté en date du 22 mai 2013

France - "Les guerriers gaulois sont dans la plaine de Troyes" (INRAP, 12 avril 2013)

Une équipe de l’Inrap vient de mettre au jour une nécropole gauloise des IVe et IIIe siècles avant notre ère sur le site du Parc logistique de l’Aube, à Buchères.

Depuis 2004, les 260 hectares de ce projet du conseil général, bénéficient, sur prescription de l’État (Drac Champagne), d’un suivi archéologique : 230 hectares ont déjà été diagnostiqués, 40 fouilles réalisées. C’est la dernière d’entre elles qui livre, aujourd’hui, une série de tombes gauloises, notamment de guerriers, exceptionnelles (Lire la suite)

INRAP
© Denis Gliksman, Inrap

Posté en date du 13 avril 2013
L'intégrale du film "Quand les Gaulois perdaient la tête" à présent en ligne!

Enquête archéologique sur les têtes coupées.

Réalisé dans le cadre de l'exposition "Des rites et des Hommes - Les pratiques symboliques des Celtes, des Ibères et des Grecs en Provence, en Languedoc et en Catalogne" qui s'est tenue a Montpellier du 9 juillet 2011 jusqu'en Janvier 2012, ce film présente un rituel terrifiant et extraordinaire des Gaulois. On apprend notamment qu'ils aimaient beaucoup couper les têtes de leurs ennemis vaincus. Souvent celles, d'ailleurs de leurs proches voisins, également celtes, avec lesquels les conflits étaient apparemment monnaie courante. Tranchées à l'arme blanche, ces prises de guerre étaient ensuite exposées sur des poteaux ou contre les remparts de la ville. Avec leur surface cranienne percée de clous et sculptée par des fines entailles qui restent a ce jour une énigme.

Film de David Geoffrey (Court-Jus Production)

Groupe de reconstitution "Cladio"

Direction scientifique : Réjane Roure et Lionel Pernet - Avec : Elsa Ciesielski, Henri Duday et Benjamin Girard

Festivals :
- Prix du meilleur dilm d'archéologie à but éducatif - VIII festival international du film d'archéologie de Nyon (Suisse) - 2013

- Grand prix du festival - FICAB 2012 - Festival international de Cine Archeologico del Bidasoa

  Quand les Gaulois perdaient la tête

Regardez le fim sur
http://www.youtube.com

Posté en date du 30 mars 2013

Préhistoire - "Un caractère unique des Néandertaliens caché dans l'épaisseur des os de leur crâne" (CNRS, 27 mars 2013)

Antoine Balzeau (1), chercheur CNRS au Muséum national d'Histoire naturelle, et Hélène Rougier (2), de la California State University Northridge à Los Angeles, ont observé pour la première fois des structures osseuses très fines à l'intérieur du crâne de spécimens fossiles de Néandertaliens grâce à des méthodes d'imagerie par micro-scanner. Ils ont ainsi identifié une caractéristique unique de l'homme de Neandertal.

Consulté l'article sur le site du CNRS

Posté en date du 29 mars 2013
CNRS
France - "Fouille de la rue Saint-Faron à Meaux : de l’Antiquité à la Révolution française" (INRAP, 25 mars 2013)

Dans le cadre de l’aménagement d’un îlot d’habitation à Meaux (Seine-et-Marne), une équipe d’archéologues de l’Inrap mène actuellement, sur prescription de l’État, une fouille rue Saint-Faron.

À l’instar des précédentes recherches menées par l’Inrap à Meaux, la fouille livre de nouveaux vestiges du quartier antique et les fondations de l’ancienne abbaye, détruite après la Révolution française.


INRAP
Meaux à l’époque antique
La ville antique de Meaux s’inscrit dans la boucle d’un méandre de la Marne, aujourd’hui asséché, dont le canal de l’Ourcq reprend à peu près le tracé. La ville possédait en périphérie un important sanctuaire (la Bauve), un théâtre (rue Camille Guérin) et un édifice à arène (Croix Saint-Faron). Au Bas-Empire (entre la seconde moitié du IIIe siècle et le Ve siècle), Meaux est dotée d'un castrum. De précédentes fouilles ont permis de situer le cardo (rue principale qui structure la cité) de la ville antique, entre la rue de Châage (à l’ouest) et la rue Saint-Faron (à l’est). Les recherches actuelles livrent de nouveaux vestiges gallo-romains : en plus de nombreux éléments de céramiques, les archéologues ont mis au jour une voie romaine datant du IVe siècle et dont la stratification permet de remonter jusqu’au IIe siècle avant notre ère. Ces découvertes permettent de fixer plus précisémment encore la cartographie de Meaux à l’époque antique.

Photo 1 : Mur antique et enceinte de l'abbaye (état du XVIIIe), rue Saint-Faron, Meaux, 2013.
Photos @ Erwan Bergot


France - "Fouille de la rue Saint-Faron à Meaux : de l’Antiquité à la Révolution française" (INRAP, 25 mars 2013)   France - "Fouille de la rue Saint-Faron à Meaux : de l’Antiquité à la Révolution française" (INRAP, 25 mars 2013)

L’abbaye Saint-Faron
Outre cet apport à la connaissance de la ville entière, le secteur urbain étudié intéresse le passé de la rue Saint-Faron. Elle porte le nom du fondateur du monastère Sainte-Croix, devenue ensuite abbaye Saint-Faron. Cet établissement religieux a été fondé au VIIe siècle et a été démoli en 1798.

Sur le site, les archéologues de l’Inrap ont ainsi mis au jour le mur côté est (datant du XVIIe-XVIIIe siècle) de l’ancienne abbaye ainsi que la travée ouest du déambulatoire du cloître moderne, dans un état de conservation exceptionnel. Cette découverte s’accompagne de celle d’une dizaine de sépultures.

Source :  INRAP.fr

Posté en date du 15 mars 2013
France - "Découvertes archéologiques à Moult : du Néolithique à l’époque moderne" (INRAP, 25 février 2013)

L'Inrap mène actuellement des recherches archéologiques sur la commune de Moult, préalablement à l’aménagement du quartier « Le Val des Cigognes » par la société Foncim. Prescrite par le service régional de l’Archéologie (Drac Basse-Normandie) et menée sur une superficie d’environ 5 000 m2, cette opération a démarré fin janvier et doit s’achever début mars. L’équipe d’archéologues a mis en évidence de nombreux vestiges, attestant une occupation humaine depuis le Néolithique. Les découvertes sont particulièrement riches pour la période du bas Moyen Âge, avec la mise au jour d’un domaine des XIIIe-XIVe siècles. Ainsi, la fouille livre des informations inédites sur l’histoire des confins de la plaine de Caen et des marais de la Dives.

INRAP
Une occupation dès le Néolithique

Les vestiges découverts à Moult témoignent d’une occupation très ancienne du site. Les archéologues ont en effet mis au jour un paléosol du Néolithique (environ 6 000 ans avant notre ère), conservé en place au fond du comblement d’un vallon qui traverse toute la parcelle aménagée, selon un axe sud-ouest/nord-est. Des tessons de poterie retrouvés dans ces niveaux en confirment la datation.
Plus récemment, à l’époque gallo-romaine (Ier-IIe siècles de notre ère), un réseau parcellaire quadrillé formé de petits fossés ouverts se déploie. Des céramiques, rejetées dans ces fossés, parmi lesquelles des restes d’amphores vraisemblablement produites dans la région d’Argences, ainsi que des restes animaux ont été recueillis. Ce mobilier archéologique indique qu’une zone habitée se trouvait à proximité.

Les bâtiments des XIIIe-XIVe siècles, en cours de fouille. © James Villaregut, Inrap.

Les bâtiments des XIIIe-XIVe siècles, en cours de fouille.
© James Villaregut, Inrap.

Un domaine médiéval prospère des XIIIe-XIVe siècles


La partie la plus saillante des recherches concerne la découverte d’un domaine médiéval des XIIIe-XIVe siècles comprenant au nord un ensemble de bâtiments à fondations de pierre et couverts en tuiles évoquant un habitat, et plus au sud un verger et des structures à vocation agricole.

Les bâtiments d’habitat encadrent une grande cour centrale empierrée. L’édifice situé à l’est de cette cour abritait probablement un four à pain, tandis que celui implanté à l’ouest était divisé en au moins deux pièces de dimensions inégales, selon le plan classique des maisons paysannes de cette époque. Les objets exhumés traduisent un niveau de vie relativement aisé : vaisselier varié et de belle facture, monnaies, outils en fer, clé en bronze, etc. Associées à cet habitat, d’autres structures témoignant de la vie quotidienne ont été découvertes, notamment un puits et une grande cave rectangulaire.

Au sud de cet ensemble, un verger contemporain de l’habitat se déployait, comme l’atteste la découverte de fosses de plantation. Les amas de plaquettes, retrouvés dans ces fosses, évoquent un aménagement à l’aide de tuteurs, tels ceux utilisés pour la vigne par la baronnie monastique dite du « Petit Fécamp » jusqu’à la fin de l’Ancien Régime, dans des clos de vignes complantées avec des pommiers. À l’est du verger, les archéologues ont repéré les traces d’un bâtiment agricole et d’un autre dispositif destiné à couvrir une batterie de silos enterrés.

Encore plus au sud, des carrières d’extraction de « chaussin » (calcaire pulvérulent) datant des XVIIIe-XIXe siècles indiquent que l’occupation humaine s’est poursuivie aux époques moderne et contemporaine.

Le puits des XIIIe-XIVe siècles (vue en coupe). © Karine Chanson, Inrap.

Le puits des XIIIe-XIVe siècles (vue en coupe).
© Karine Chanson, Inrap.

Source :  inrap.fr

Posté en date du 15 mars 2013


Datation par carbone 14 en archéologie :
Principe, méthodologie, corrections
Le cas particulier des « effets réservoir »

Drs. Emmanuel VARTANIAN et Céline ROQUE
Re.S.Artes


1. Principe de la méthode

Le carbone 14 (14C) ou radiocarbone est un isotope radioactif du carbone (12C) dont la période de désintégration radioactive, ou demi-vie, est égale à 5730 ± 40 ans. Il est créé dans la haute atmosphère sous l’effet des rayonnements cosmiques et du vent solaire, à partir des atomes d’azote 14 (14N).

Au cours de son existence, un organisme vivant assimile le carbone atmosphérique via différents processus (respiration, alimentation). Ces échanges constants avec la biosphère induisent une proportion invariable de carbone 14 par rapport au carbone total au sein de cet organisme, similaire à celle existant dans l’atmosphère de l’époque où il a vécu.

A partir de l'instant où il meurt, les échanges avec la biosphère cessant, la quantité de radiocarbone qu'il contient décroît au cours du temps selon une loi exponentielle connue (N(t) = N(0).e-t où N(t) et N(0) représentent respectivement les nombres d’atomes de carbone 14 au moment de la mesure et à la mort de l’organisme, et est la demi-vie de cet élément. Cette loi explicite le fait que tous les 5730 ans, la quantité de carbone 14 résiduel est réduite de moitié.

Dater une matière organique ancienne consiste donc à évaluer la quantité de carbone 14 résiduel. Cette mesure, reportée à la teneur en carbone total, permet donc de déterminer de manière absolue (sans la comparer à d’autres mesures) le temps séparant la mort de l’organisme du moment de l’analyse.
Ce principe, mis en évidence dans les années 1940 aux Etats-Unis, a valu à son promoteur, Willard F. Libby, le prix Nobel de chimie en 1960, et a fait l’objet de nombreuses publications ([1-3] par exemple).
2. De la théorie à la pratique…
  • Les modes de mesure
Il existe aujourd’hui deux manières de mesurer la quantité résiduelle de carbone 14 contenue dans un échantillon.

La mesure par spectrométrie de masse couplée à un accélérateur de particules (AMS)

Elle permet de séparer les différents isotopes du carbone et de procéder à leur comptage spécifique, après une préparation adéquate de l’échantillon (graphitisation). Cette procédure offre un contrôle des effets d’éventuelles pollutions, par une correction du fractionnement isotopique (13C) basée sur la comparaison des rapports de concentration 13C/12C et 14C/12C. De plus, l’AMS autorise la datation de fragments carbonés de petite taille, individualisés (un charbon de bois = une date), ce qui permet, entre autre, de mettre en évidence des perturbations post-dépositionnelles.

Pour l’analyse des matériaux d’origine végétale (bois, charbons), une quantité de matière minimale de 20 mg suffit. Pour les ossements, quelques centaines de milligrammes sont nécessaires.



La mesure par scintillation (comptage classique - LSC)

Cette méthode consiste à mesurer directement les désintégrations des atomes de carbone 14, par unité de temps. On utilise pour cela des détecteurs à scintillation qui réagissent aux particules émises lors de ce processus. Il s’agit d’un comptage dit « classique », dans la mesure où pendant de nombreuses années, c’était la seule technique disponible.

Cependant, aujourd’hui, elle implique des contraintes dans l’échantillonnage qui la rendent moins employée que la spectrométrie de masse.
Ainsi, pour des analyses par comptage classique, les quantités de matière requises sont jusqu’à 1000 fois plus importantes que pour l’AMS (plusieurs dizaines de grammes pour les matières végétales).

Cette méthode est donc envisagée quand le matériel à dater est disponible en grande quantité et qu’il est chronologiquement homogène (gros morceaux de bois ou de charbon de bois, par exemple).



Enfin, signalons que quel que soit le mode de mesure, la quantité de carbone 14 résiduel doit être suffisante pour être au-dessus des limites de détection de ces méthodes.

Aussi, aujourd’hui, il n’est pas possible d’accéder à des âges supérieurs à 50 000 ans (correspondant à peu près à 10 périodes de désintégration du carbone 14). Au-delà, les teneurs en carbone 14 sont trop faibles pour être mesurées.
  • Les ajustements des mesures
La calibration de l’âge

La transformation de la teneur en carbone 14 résiduel en âge présuppose que la production de cet élément dans l’atmosphère a été constante au cours du temps.

Hors, les variations de l’activité solaire, celles du champ magnétique terrestre, ou encore plus récemment l’activité humaine, ont produit des concentrations variables de 14C atmosphérique au cours du temps. Il est donc nécessaire de tenir compte de ces variations.
Cela se fait au travers d’une courbe construite à partir de l’intercomparaison de résultats obtenus par carbone 14 et par des méthodes de datation indépendantes appliquées sur les mêmes matériaux (la dendrochronologie par exemple).

C’est la transformation de l’âge brut (exprimé en BP, Before Present) par cette courbe de calibration qui donne la date calibrée ou calendaire, exprimée en années BC (av. J.C. ) ou AD (ap. J.C.). Cette procédure fait l’objet d’ajustements et de recherches permanentes pour l’affiner [4-6].
Seules les dates calibrées (BC / AD) ont une valeur scientifique, même si des raisonnements sur des chronologies relatives peuvent être conduits à partir des âges bruts.

Les effets perturbateurs

En plus des effets pris en compte au travers de la courbe de calibration, il existe d’autres causes qui peuvent perturber le rapport direct entre le taux de carbone 14 dans l’atmosphère et celui qui se retrouve dans l’organisme vivant.

Le plus important concerne l’effet réservoir marin, qui correspond au phénomène suivant.

Le temps nécessaire au passage du Carbone 14 atmosphérique dans le milieu marin entraîne une diminution de la teneur de ce radioélément dans l’eau de mer par rapport à celle mesurée au même moment dans l’air. En conséquence, les carbonates dissous, à partir desquels les coquillages fabriquent leur coquille, apparaissent appauvris en C14.

Cette différence induit un vieillissement apparent de plusieurs centaines d’années des âges mesurés pour ces fruits de mer et leurs consommateurs au regard de ceux obtenus sur des organismes terrestres contemporains [7] : on parle "d'effet réservoir", R(t). De plus, il est nécessaire de tenir compte au cas par cas d'effets locaux propres à la morphologie des côtes, aux courants marins, à la profondeur du milieu de vie de l'organisme à dater, etc. Ces paramètres s'ajoutent à l'effet réservoir et sont notés Delta R (dR).

La datation des organismes marins et de leurs consommateurs doit donc nécessairement intégrer une correction de temps tenant compte des variations locales et temporelles de la concentration en carbone 14 en contexte maritime [8-9]. Des efforts considérables ont ainsi été réalisés pour tenter d’en estimer l’ampleur (CHRONO Marine Reservoir Database, ou encore Marine09 [6,10-11]), et des données nouvelles sont apportées progressivement.

Cet effet trouve des déclinaisons dès que l’organisme à dater (ou consommé) provient d’un milieu aquatique, puisqu’il occasionne une dynamique d’introduction du carbone 14 différente de celle ayant cours dans l’atmosphère. Il peut également se trouver en présence de carbonates dissous issus de substrats calcaires géologiques ne contenant plus de carbone 14 (on peut alors parler d’effet « hard water », [12]).

Cela induit que la mesure de l’âge C14 d’un ossement provenant d’un individu ayant consommé des denrées d’origine aquatique est susceptible d’être affectée par un effet réservoir, qu’une analyse critique des résultats doit permettre de détecter, et donc de corriger de manière appropriée. Cela est possible, en particulier, par l’étude des 13C (un organisme marin a un 13C plus important qu’un organisme terrestre) [12].

3. Analyse critique des résultats : ne pas se limiter à des résultats bruts
  • Pour une optimisation de la démarche de datation physique
L’obtention d’un quorum de dates pertinentes sur un site nécessite la mise en place d’une méthodologie rigoureuse impliquant différents acteurs : les archéologues et les chronologistes.

Ainsi, préalablement aux analyses et si la problématique chronologique le requiert, une réflexion commune sur l’adéquation des prélèvements avec les questions posées peut être importante. Il s’agira de tenir compte, en particulier, de la nature des matières organiques analysables et de leurs conditions d'enfouissement.

Puis, une fois les datations obtenues, de nouvelles discussions s’engagent entre les chronologistes et les archéologues. Cette étape, indispensable avant toute conclusion, consiste, en particulier, à comparer les résultats et à les discuter à la lumière des hypothèses de terrain et/ou des interprétations préexistantes.

Cependant, cette réflexion commune ne peut être concluante que si, en amont, les données ont été analysées et exploitées correctement, en accord avec l’état de l’art de la méthode et en tenant compte en particulier des effets perturbateurs, comme les effets réservoir.
  • De la nécessité d’exiger des rapports d'étude complets et critiqués
Aussi, dans la mesure du possible, dans une exigence de qualité et afin d’apporter tous les éléments contradictoires à une analyse critique des données obtenues, les rapports d'étude C14 délivrés doivent comporter une documentation complète sur le contexte stratigraphique des prélèvements ainsi qu’une discussion sur la fiabilité des mesures et le degré de concordance des résultats obtenus.

Un rapport exploitable à des fins de publication présente les informations suivantes :
- le référencement archéologique complet de l'échantillon à dater et son positionnement dans la stratigraphie, en particulier dans le cas où il appartient à une série ;
- la valeur de la correction du fractionnement isotopique (13C), commentée ;
- le résultat brut, accompagné d'un commentaire sur la fiabilité de la mesure ;
- la calibration du résultat brut, en précisant la procédure utilisée et en donnant la transposition graphique de l'âge sur les courbes de calibration ;
tous les intervalles chronologiques probables (à 1 et 2) à l'issue de la calibration, commentés (en particulier dans le cas où l'âge brut de l'échantillon entre dans un plateau d'âges C14).
- l’analyse et la prise en compte des effets réservoir dans le cas de la datation de coquillages ou de tout autre organisme présentant les caractéristiques d’une composante d’alimentation d’origine marine.

Ainsi, dans le cadre de séries, les dates sont comparées entre elles, replacées dans leur contexte stratigraphique et archéologique et discutées à la lumière des études de terrain.

Une telle démarche repose sur une collaboration étroite entre les différents acteurs du programme archéologique de manière à obtenir un rapport chronologique synthétique, complet et pertinent.

Exemple du traitement d’une série de datations acquises par Carbone 14.



Dans ce cas, l’obtention et l’analyse critique de cet ensemble de dates C14 ont permis d’affiner la chronologie d’occupation du site en replaçant dans le temps les différentes phases identifiées sur le terrain.

Bibliographie

[1] Libby W.F., 1955, Radiocarbon dating. 2nd Ed, University of Chicago Press, Chicago.

[2] Stuiver M. and Polach H.A., 1977, “Reporting of 14C data” Radiocarbon 19, 3, 355-363.

[3] Taylor R.E., 1987, Radiocarbon dating: an archaeological perspective, Academic Press, London, chap. 6.

[4] Bronk Ramsey C., 2010, “OxCal v4.1.7” Radiocarbon, in press.

[5] Stuiver M. et al., 1998, « CALIB rev 4.3 (Data set 2) », Radiocarbon, vol. 40, p. 1041-1083.

[6] Reimer P. et al, 2009, “IntCal09 and Marine09 radiocarbon age calibration curves, 0-50,000 years cal BP” Radiocarbon, 51, 4, 1111-1150.

[7] Bronk Ramsey, C. 2008. Radiocarbon dating: revolutions in understanding. Archaeometry 50 (2), 249-275.

[8] Bard, E., Arnold, M., Fairbanks, R. G., Hamelin, B. 1993. Th230 – U234 and C14 ages obtained by mass spectrometry on corals. Radiocarbon 35, 191-199.

[9] Stuiver, M., Braziunas, T. F. 1993. Modelling atmospheric C14 influences and C14 ages of marine samples back to 10,000 BC. Radiocarbon 35, 137-189.

[10] Hughen, K. A., Baillie, M. G. L., Bard, E., Beck, J. W., Bertrand, C. J. H., Blackwell, P. G., Buck, C. E., Burr, S. G., Cutler, K. B., Damon, P. E., Edwards, R. L., Fairbanks, R. G., Friedrich, M., Guilderson, T. P., Kromer, B., McCormac, G., Manning, S., Bronk Ramsey, C., Reimer, P. J., Reimer, R. W., Remmele, S., Southon, J. R., Stuiver, M., Talamo, S., Taylor, F. W., Van Der Plicht, J., Weyhenmeyer, C. E. 2004. Marine04 Marine Radiocarbon Age Calibration, 0-26 cal kyr BP. Radiocarbon 46 (3), 1059-1086.

[11] Stuiver, M., Reimer, P. J., Braziunas, T. F. 1998. High-precision radiocarbon age calibration for terrestrial and marine samples. Radiocarbon 40, 1127-1151.

[12] Vartanian E., Soler L., Roque C., Dupont C., Save S., sous presse, "Chronologie par C14 et accès aux ressources alimentaires en milieu littoral : détermination des effets réservoir - Le cas des coquillages du site des Quatre Chevaliers à Périgny (Charente-Maritime)". Ancient maritime communities and the relationship between people and environment along the European Atlantic coasts / Anciens peuplements littoraux et relations homme / milieu sur les côtes de l’Europe atlantique.

Posté en date du 14 mars 2013
Chine - "La découverte d'insectes fossiles en Chine lève le voile sur une énigme paléontologique" (CNRS, 21 février 2013)

Grâce à la découverte de nouveaux fossiles en Chine, une équipe internationale, dont le paléoentomologiste André Nel du laboratoire « Origine, Structure et Evolution de la Biodiversité » (Muséum national d'Histoire naturelle / CNRS), apporte de nouvelles informations sur les Strashilidae, un groupe d'insectes du Jurassique présent en Chine et en Russie. Ces fossiles ont permis de comprendre la morphologie originale de ces insectes mais aussi de lever le voile sur leur biologie et leur mode de vie, qui avaient fait l'objet de nombreuses spéculations jusqu'alors. Cette découverte est publiée le 21 février 2013 dans la revue Nature.

Consulté l'article sur le site du CNRS

Posté en date du 4 mars 2013
CNRS
France - "Aimargues : une fouille archéologique révèle cinq siècles d’histoire d’un village du haut Moyen Âge" (INRAP, 20 février 2013)

Dans le cadre de l’aménagement de la future ligne à grande vitesse du contournement Nîmes-Montpellier, Oc’Via Construction a confié à l’Inrap l’ensemble des fouilles préventives qui doivent être réalisées tout au long du nouveau tracé, sur prescription de l’État (Drac Languedoc-Roussillon). Première d’entre elles, la fouille du village médiéval de Saint-Gilles- de-Missignac, situé sur la commune d’Aimargues (Gard), mobilise depuis le mois d’octobre une trentaine d’archéologues et s’achèvera dans le courant du printemps. Le site avait déjà fait l’objet d’enquêtes archéologiques en 1995, 2002 et 2010, mais celles-ci n’avaient touché que les abords. Cette fois, c’est le cœur du village qui est exploré, et également une partie d’un grand quartier de stockage des récoltes.  L’étendue des vestiges et leur exceptionnelle conservation, dans une région où les aménagements et remaniements agricoles ont laissé peu de traces matérielles de l’habitat rural, octroient à ce site un caractère inédit pour le Languedoc oriental.

INRAP

Un remarquable exemple de villa carolingienne

Si Saint-Gilles-de-Missignac (ou Saint-Gilles-le-Vieux) était connu des chercheurs, la fouille actuellement menée par les archéologues de l’Inrap permet pour la première fois de préciser la nature, les formes et la topographie de l’habitat ainsi que ses relations avec son environnement immédiat. Le village et ses abords constituent un exemple remarquable de villa du haut Moyen Âge (ou « carolingienne »). À l’instar des villæ antiques, celles du Moyen Âge sont caractérisées par un habitat aggloméré et regroupent des bâtiments et des infrastructures tant domestiques qu’économiques (liées à l’agriculture et à l’artisanat). Contrairement aux villages languedociens actuels, formés à partir des XIIe-XIIIe siècles, la villa médiévale n’est pas circonscrite par un rempart, mais installée sur un espace ouvert, assez vaste, qui accueille aussi des cours, des enclos, des jardins et des voies de circulation. Les villæ disposent d’aménagements communautaires, tels les quartiers dévolus à l’ensilage, et elles sont le plus souvent desservies par une église et un cimetière. Autant d’éléments identifiés à Aimargues et en partie mis au jour sur une superficie d’un hectare et demi.

Le stockage des récoltes céréalières à proximité de l’habitat

La première zone fouillée couvre 8 000 m2 d’un très vaste quartier de stockage des céréales. Il est situé contre le village, à l’ouest. Bien distinct des habitations et relié à elles par un chemin, cet espace est divisé en secteurs qui regroupent chacun plusieurs dizaines de silos (450 ont été dénombrés et étudiés). Ces aménagements sont des fosses creusées en terre pour accueillir les récoltes céréalières, ainsi conservées à l’abri de l’air et de la plupart des nuisibles, une pratique connue depuis le Néolithique. Chaque silo était bouché par de grandes dalles et signalé en surface par des tertres de pierres. Ces structures offrent aux chercheurs de nombreux éléments de réflexion. Certains silos, comblés après usage, livrent des éléments de mobilier (de la vaisselle en terre cuite surtout) qui constituent de précieux indices de datation ; la conservation de certains matériaux végétaux (graines, charbons de bois, pollens…) permet d’envisager la reconstitution du paysage de l’époque et l’identification des pratiques agricoles, en termes de variétés cultivées, de rendements ou encore de saisonnalité.
Les recherches ont d’ores-et-déjà révélé que cette aire, probablement aménagée au VIIe siècle, a connu une période d’activité intense entre le IXe et le XIe siècle, avant d’être délaissée dans le courant du XIIe siècle, une évolution concordant avec le scénario d’occupation du village.


Au cœur de la villa, une église et son cimetière

Le centre du village, mis au jour sur une superficie de 6 000 m2, est matérialisé par la présence de l’église. Autour de l’édifice, s’étendent un habitat dense et un cimetière. Le site est vraisemblablement occupé à partir du VIIe siècle (ou du VIIIe) et jusqu’aux XIIe-XIIIe siècles, période à laquelle le village est abandonné. Son développement connaît cependant au moins deux phases distinctes, jalonnées par la reconstruction de l’église et la densification de l’habitat au détriment de l’espace funéraire. Celui-ci, initialement assez vaste, est réduit, peut-être au IXe siècle, à un petit cimetière clos. L’étendue de cette période chronologique comme la diversité et la superposition des vestiges documentent ici de façon exceptionnelle la genèse du village, son évolution spatiale - des espaces bâtis aux voies de circulation - , l’organisation de la communauté, ou encore les liens entre les vivants et les morts.

Dès l’origine, la villa comprend un cimetière, qui prend apparemment place le long d’un chemin. Les tombes sont orientées et alignées et les défunts sont inhumés dans une étroite fosse anthropomorphe, laquelle est recouverte par des dalles de pierre. Entre les VIIe et IXe siècles, cet ensemble funéraire se développe en gagnant en superficie (jusqu’à 1 500 m2), mode d’extension caractéristique du haut Moyen Âge. À ce jour, une partie seulement en a été dégagée. On estime qu’il a accueilli environ 400 sépultures. Ce cimetière paraît associé à une église, caractérisée par un chevet plat, ainsi qu’aux premières maisons qui l’entourent.

À un moment encore incertain, peut-être au IXe ou au Xe siècle, l’église est reconstruite, dotée de murs imposants, d’une nef simple et d’un chevet en abside. La nécropole est alors réduite à une parcelle de 265 m2 qui flanque le monument au sud et à l’ouest et la gestion de l’espace dévolu aux défunts devient draconienne : le cimetière se développe verticalement, par empilement et réutilisation de tombes, aménagées avec des coffrages en pierre. Dans ce périmètre restreint ont été inhumés près de 400 individus. Tout autour, l’habitat évolue et se densifie particulièrement au nord-ouest du monument, où il recouvre le cimetière ancien. L’église perdure au-delà de l’abandon des maisons et les dernières sépultures gagnent l’emprise de bâtiments ruinés, peut-être jusque dans le courant du XIIIe siècle.

La découverte d’un cimetière in extenso : un fait rare et précieux

Outre la compréhension de l’organisation de la villa, la fouille des cimetières de Saint-Gilles-de-Missignac, dont la totalité aura été appréhendée, permettra aux chercheurs de mener une étude de population approfondie, au fil des générations et sur une longue période. Les squelettes prélevés, représentatifs d’une population naturelle (hommes et femmes, de tous âges…) feront l’objet d’analyses sanitaires (renseignant l’état de santé, les pathologies ou encore les modes d’alimentation des individus) et biologiques (avec éventuellement des études ADN pouvant notamment révéler les liens entre les défunts).

Au cours de la fouille et lors des études à venir, l’objectif des archéologues sera de comprendre, à travers cet exemple de villa médiévale, l’évolution qui a conduit de la villa antique aux villages emmurés de la fin du Moyen Âge. Dans cette enquête et à ce jour, ce sont principalement les points de départ et d’arrivée de cette mutation qui sont connus. Les jalons intermédiaires, en particulier les formes de l’habitat et de la gestion des terroirs du haut Moyen Âge restent dans l’ombre. Saint-Gilles est le premier exemple du Languedoc oriental qui les mette en lumière. À l’issue de la fouille, nul doute que la poursuite des recherches sur la population qui a habité le lieu, mais aussi sur sa vaisselle, ses outils, ses productions agricoles et artisanales, marqueront une avancée significative dans la connaissance du monde rural médiéval en Languedoc.

Informations pratiques : une journée portes-ouvertes à venir

Les archéologues accueilleront le public lors d’une journée portes-ouvertes, dimanche 7 avril 2013. Pour des raisons de sécurité, le site reste inaccessible aux visiteurs avant cette date.


Source : http://www.inrap.fr/

Posté en date du 21 février 2013
France - "Dernières semaines de fouille au couvent des Jacobins à Rennes : près d’un millier de sépultures recensées" (INRAP, 12 février 2013)

Sur le site du couvent des Jacobins, à Rennes, une équipe d’archéologues de l’Inrap achève l’une des plus importantes fouilles urbaines jamais menées dans l’Ouest de la France. Cette opération a été prescrite par l’État (Drac Bretagne) en amont de la construction du futur centre des congrès de Rennes Métropole. En seize mois, une trentaine d’archéologues ont fouillé 8 000 m2, comprenant le couvent, le jardin du cloître et les cours extérieures. Ils ont multiplié les découvertes sur ce quartier de l’antique cité de Condate, sur son évolution en faubourg médiéval et sur l’histoire du couvent des Jacobins. Parmi les plus remarquables : un temple du IIIe siècle entouré de grandes maisons urbaines et des maçonneries médiévales qui révèlent l’histoire architecturale de l’édifice religieux.

INRAP

Dans ce lieu de pèlerinage et d’inhumation, les archéologues ont aussi recensé près d’un millier de sépultures médiévales et modernes débouchant sur une étude anthropologique sans précédent en Bretagne. La découverte de tombes prestigieuses dont six sarcophages en plomb et des traces de pratiques d’embaumement révèlent  des personnalités religieuses ou civiles de haut rang. La fouille du chœur de l’église, dans les semaines à venir, constituera le point d’orgue de cette vaste opération.

Couvent des jacobins - dégagement d'un sarcophage
Couvent des jacobins - dégagement d'un sarcophage
crédits  photos : Hervé Paitier (INRAP)


Des sarcophages et des cœurs en plomb pour d’éminents défunts


Le couvent des Jacobins a servi de lieu d’inhumation entre le XVe et le XVIIIe siècle, non seulement pour les religieux, mais également pour de nombreux fidèles qui se faisaient enterrer au plus près du tableau de Notre-Dame de Bonne-Nouvelle, œuvre de dévotion. Près d’un millier de sépultures ont ainsi été localisées, principalement dans la salle du chapitre, lieu d’inhumation en principe réservé aux frères, dans la galerie des enfeus ou dans l’église. Parmi elles, plusieurs tombes prestigieuses ont été identifiées : caveaux maçonnés, enfeus ornés de blasons et six sarcophages en plomb, retrouvés principalement dans le chœur de l’église. À la tête de l’un d’eux, les archéologues ont découvert trois cœurs en plomb accolés, portant des anneaux de suspension à l’image de ceux utilisés pour la vénération des reliques.
Des traces d’embaumement, pratique funéraire réservée aux élites, et des orientations atypiques du défunt (nord-sud) ont aussi été observées. Ces indices signalent l’appartenance probable de ces défunts particuliers à de riches familles de la région.

Des données inédites sur l’état sanitaire de la population rennaise à l’époque moderne

Les anthropologues entreprendront une étude biologique des individus (sexe, âge au décès, état sanitaire, données métriques et anatomiques…). Les données seront alors traitées de manière statistique et comparées à d’autres sites de la même époque. Sur le plan sanitaire, ils observeront l’état général des squelettes (traumatismes, pathologies dégénératives, ...) et leur état bucco-dentaire, reflet de l’alimentation et des soins reçus. Ils rechercheront aussi les traces de maladies infectieuses, épidémiques ou non, ayant sévi. Enfin, des études de paléomicrobiologie, en collaboration avec le laboratoire AMIS (Anthropologie moléculaire et imagerie de synthèse, UMR 5288 CNRS/Université de Toulouse-Paul Sabatier) permettront de compléter les connaissances sur l’état de santé des individus inhumés au couvent des Jacobins.
Ainsi, cette étude anthropologique, menée sur un large échantillon, apportera des informations inédites sur l’état sanitaire et social d’une partie de la population rennaise entre le XVe et le XVIIIe siècle.

Source : http://www.inrap.fr/

Posté en date du 12 février 2013
Préhistoire - "Un épisode chaud du passé décrit grâce au forage des glaces les plus anciennes du Groenland" (CNRS, 23 janvier 2013)

L'Histoire du climat vient d'être reconstituée sur 130 000 ans au Groenland grâce à l'analyse de carottes de glace extraites lors du forage NEEM1 mené par une équipe internationale de scientifiques impliquant en France, le CNRS, le CEA, l'UVSQ, l'université Joseph Fourier2 et l'IPEV. Les chercheurs ont pu récupérer pour la première fois en Arctique de la glace formée lors de la dernière période interglaciaire, il y a 130 000 à 125 000 ans, marquée par un important réchauffement arctique. Selon leurs travaux, la calotte du Groenland aurait contribué seulement de 2 mètres aux 4 à 8 mètres de montée du niveau marin caractéristique de cette période. Publiée le 24 janvier dans Nature, cette étude apporte des informations précieuses pour comprendre les relations entre climat et montée du niveau des mers.

NEEM est un projet de forage international visant à extraire des carottes de glace au nord-ouest du Groenland, afin d'obtenir pour la première fois en Arctique des échantillons couvrant les derniers 130 000 ans donnant accès à la dernière période interglaciaire, l'Eemien, un épisode chaud du passé. Pilotée par l'Université de Copenhague et impliquant 14 pays, dont la France, l'équipe de NEEM a foré plus de 2,5 km jusqu'au socle rocheux en deux ans, entre 2010 et 2012. Elle a ainsi extrait le premier enregistrement complet de l'Eemien, fournissant des estimations des changements de température, de quantité de précipitations et de composition atmosphérique.

Les carottes de glace du Groenland, formées par l'accumulation et le tassement de couches de neige, ont été scrutées par une palette d'analyses effectuée sur la glace elle-même mais aussi sur l'air piégé dans cette dernière. La mesure des isotopes stables de l'eau informe sur les changements de température à la surface de la calotte et de transport d'humidité au cours du temps. Composition isotopique de l'eau et composition atmosphérique de l'air piégé ont permis aux scientifiques de caractériser les variations passées du climat, enregistrées au Groenland année après année, comme dans les anneaux de croissance des arbres. La quantité de gaz présente dans la glace renseigne enfin sur les variations d'épaisseur de la calotte de glace, la teneur en air piégé variant en fonction de l'altitude du site.

A partir de ces analyses, les scientifiques ont été en mesure de décrire les changements climatiques sur les derniers 130 000 ans au Groenland. Résultats : durant l'Eemien, il y a 130 000 à 125 000 ans, le climat du nord du Groenland aurait été de 4°C à 8°C plus chaud qu'actuellement. Ces températures sont plus élevées que celles simulées par les modèles de climat pour cette période3. Pour autant et de manière surprenante, l'altitude de la calotte, au voisinage de NEEM, n'a baissé que de quelques centaines de mètres sous le niveau actuel. En effet, au début de la période interglaciaire, il y a environ 128 000 ans, elle était 200 mètres plus élevée que le niveau actuel, puis l'épaisseur de la calotte a diminué à un rythme d'en moyenne 6 cm par an. Ensuite, il y a près de 122 000 ans, l'altitude de la surface était environ 130 mètres sous le niveau actuel. L'épaisseur de la calotte est alors restée stable (autour de 2 400 mètres) jusqu'au début de la dernière glaciation, il y a près de 115 000 ans. La calotte du Groenland n'a donc pu contribuer que de 2 mètres aux 4 à 8 mètres de la montée du niveau marin caractéristique de l'Eemien.
 
Par ailleurs, les chercheurs estiment que le volume de la calotte du Groenland a diminué d'environ 25% en 6 000 ans durant l'Eemien. Au cours de cette période, une intense fonte de surface est enregistrée dans les carottes de glace par des couches de regel. Ces dernières résultent de l'eau de fonte, fournie par la neige de surface, qui s'est infiltrée dans les couches de neige plus profondes puis a regelé. De tels évènements de fonte sont très rares au cours des derniers 5 000 ans, confirmant que la température de surface au site de NEEM était nettement plus chaude pendant l'Eemien qu'actuellement. Ce phénomène a tout de même été observé durant l'été 2012 par l'équipe présente sur le site du forage NEEM.

Ces résultats confirment la vulnérabilité de la calotte du Groenland aux augmentations de température. Cependant, le fait qu'elle n'ait pas entièrement disparu au cours de l'Eemien implique que la calotte de l'Antarctique serait responsable d'une part importante des 4 à 8 mètres de la montée du niveau marin qui s'est produite au cours de l'Eemien. La calotte de l'Antarctique, dont l'évolution passée reste mal connue, serait donc susceptible de réagir de manière significative au réchauffement climatique. Cette reconstitution du climat de l'Eemien fournit des données de référence qui seront confrontées aux simulations du climat et de l'évolution des calottes de glace, seuls outils disponibles pour évaluer les risques d'évolution future du climat et du niveau des mers.

En France, le projet NEEM a principalement bénéficié des soutiens du CNRS, du CEA, de l'IPEV et de l'ANR Vulnérabilités, Milieux et Climat.

Notes :

1 North Greenland Eemien Ice Drilling (ou forage de glace Eemien au Nord du Groenland)
2 Les laboratoires français impliqués sont principalement le Laboratoire de glaciologie et de géophysique de l'environnement (LGGE, CNRS/UJF) et le Laboratoire des sciences du climat et de l'environnement (IPSL/LSCE, CNRS/CEA/UVSQ). Le laboratoire Grenoble Images Parole Signal Automatique (CNRS/Grenoble-INP/UJF/Université Stendhal) a contribué à la modélisation du piégeage de l'air. Coordonnées par Valérie Masson-Delmotte, les équipes françaises ont participé aux opérations de terrain (forage, traitement des carottes), à l'analyse des poussières, des isotopes de l'eau, de la composition de l'air, des propriétés physiques et à la modélisation du piégeage de l'air et de l'écoulement de la calotte. Elles ont joué un rôle clé dans la datation de la glace profonde du forage.
3 La cause du réchauffement du Groenland pendant la dernière période interglaciaire est bien connue : il s'agit d'une augmentation de l'ensoleillement d'été, due à une orbite terrestre différente.
Références :

Eemian interglacial reconstructed from a Greenland folded ice core. D. Dahl-Jensen, M.R. Albert, A. Aldahan, N. Azuma, D. Balslev-Clausen, M. Baumgartner, A.-M. Berggren, M. Bigler, T. Binder, T. Blunier, J.C. Bourgeois, E.J. Brook, S.L. Buchardt, C. Buizert, E. Capron, J. Chappellaz, J. Chung, H.B. Clausen, I. Cvijanovic, S. M. Davies, P. Ditlevsen, O. Eicher, H. Fischer, D.A. Fisher, L. Fleet, G. Gfeller, V. Gkinis, S. Gogineni, K. Goto-Azuma, A. Grinsted, H. Gudlaugsdottir, M. Guillevic, S.B. Hansen, M. Hansson, M. Hirabayashi, S. Hong, S.D. Hur, P. Huybrechts, C. Hvidberg, Y. Iizuka, T. Jenk, S.J. Johnsen, T.R. Jones, J. Jouzel, N.B. Karlsson, K. Kawamura, K. Keegan, E. Kettner, S. Kipfstuhl, H.A. Kjær, M. Koutnik, T. Kuramoto, P. Köhler, T. Laepple, A. Landais, P. Langen, L.B. Larsen, D. Leuenberger, M. Leuenberger, C. Leuschen, J. Li, V. Lipenkov, P. Martinerie, O.J. Maselli, V. Masson-Delmotte, J.R. McConnell, H. Miller, O. Mini, A. Miyamoto, M. Montagnat-Rentier, R. Mulvaney, R. Muscheler, A.J. Orsi, J. Paden, C. Panton, F. Pattyn, J.-R. Petit, K. Pol, T. Popp, G. Possnert, F. Prié, M. Prokopiou, A. Quique, S.O. Rasmussen, D. Raynaud, J. Ren, C. Reutenauer, C. Ritz, T. Röckmann, J.L. Rosen, M. Rubino, O. Rybak, D. Samyn, C.J. Sapart, A. Schilt, A. Schmidt, J. Schwander, S. Schüpbach, I. Seierstad, J.P. Severinghaus, S. Sheldon, S.B. Simonsen, J. Sjolte, A.M. Solgaard, T. Sowers, P. Sperlich, H.C. Steen-Larsen, K. Steffen, J.P.Steffensen, D. Steinhage, T. Stocker, C. Stowasser, A. S. Sturevik, B. Sturges, A. Sveinbjörnsdottir, A. Svensson, J.-L- Tison, J. Uetake, P. Vallelonga, R.S.W. van de Wal, G. van der Wel, B.H. Vaughn, B. Vinther, E. Waddington, A. Wegner, I. Weikusat, J.W.C. White, F. Wilhelms, M. Winstrup, E. Witrant, E. Wolff, C. Xiao, J. Zheng. Nature, 24 janvier 2013.

Source : http://www2.cnrs.fr/presse/communique/2961.htm

Posté en date du 28 janvier 2013
Préhistoire + "Une étude démontre que l’Homme de Néandertal chassait le mammouth pour se nourrir et pour construire des habitations plusieurs milliers d’années avant l’Homme moderne" (Musée de l'Homme de Paris, 17 janvier 2013)

La pratique ou non de la chasse aux mammouths par les Néandertaliens pour se procurer de la nourriture est particulièrement discutée. Une étude réalisée dans le cadre d’un projet franco-ukrainien impliquant le CNRS, le Muséum national d’Histoire naturelle et l’Académie Nationale des Sciences d’Ukraine, vient de proposer l’hypothèse que l’Homme de Néandertal utilisait également les os des mammouths comme matériau de construction pour leurs habitations, et ce bien avant l’Homme anatomiquement moderne.

Les résultats de cette étude, réalisée par Laëtitia Demay et Stéphane Péan, et coordonnée par Marylène Patou-Mathis et Larissa Koulakovska1 viennent d’être publiés dans la revue Quaternary International


L’hypothèse selon laquelle l’Homme de Néandertal aurait utilisé de mammouths comme matériau de construction est basée sur l’analyse du matériel faunique du site de Moldova I situé dans la vallée du Dniestr en Ukraine, en particulier du niveau 4 riche en vestiges archéologiques du Paléolithique moyen. Datant de l’époque inter-pléniglaciaire du Dernier Glaciaire (MIS 3)2, elle a livré 40 000 artefacts lithiques attribués à la culture moustérienne3 et environ 3 000 ossements de mammifères, essentiellement de mammouth laineux (Mammuthus primigenius).

Plusieurs zones ont été dégagées : une fosse remplie d’ossements, différentes zones d’activités (de boucherie, de production d’outils), 25 foyers et une accumulation circulaire composée d’ossements de mammouths décrite initialement comme étant une structure d’habitat confectionnée par les Néandertaliens. Les structures d’habitat en ossements de mammouth avérées au Paléolithique supérieur, en Ukraine et en Russie, ont été réalisées par les Hommes anatomiquement modernes (Homo sapiens) en particulier de culture épigravettienne - lire la suite


Posté en date du 22 janvier 2013
Couche 4 de Molodova I.


Couche 4 de Molodova I.
Vue sur l’accumulation circulaire
en ossements de mammouths. (© I. K. Ivanova)